Lucie était belle.
Elle portait sur elle l’insouciance de la jeunesse, une ingénuité cousue dans ses désirs et une mélancolie que l’on soupçonnait évasivement, comme une robe légère qui aurait laissé deviner des formes indiscrètes.
Il nous semblait, lorsqu’elle dansait, que le monde tout autour d’elle frémissait ; lorsqu’elle chantait, qu’elle ne chantait que pour nous. Mais c’est lorsqu’elle riait que nous étions réellement amoureux. Aussi tous essayaient de la faire rire, pour un oui, pour un non, sans vraiment savoir, sans vraiment comprendre.
Lorsqu’elle riait, Lucie donnait un détail qu’il fallait remarquer. Lorsqu’elle riait, ses pupilles se dilataient un peu, juste un peu, comme pour l’annoncer. Puis, elle baissait la tête pour pouffer, la rejetait en arrière pour éclater, se mordait les lèvres lorsqu’il fallait ne pas rire. Elle riait de mille façons, mais toujours par les yeux. Toujours de ces grandes pupilles. Elle riait comme on aime, comme on boit, comme on fume. Elle riait comme personne ne riait jamais et comme tout le monde avait toujours ri.
Aujourd’hui, Lucie est toujours aussi belle, mais Lucie ne rit plus. D’avoir trop pleuré, peut-être. D’avoir trop aimé, trop bu, trop fumé. Et ses pupilles se sont figées dans un dernier élan. Comme pour rire une dernière fois. Comme pour nous aimer un peu encore, ou comme un adieu.
Aujourd’hui, plus rien ne rit. Lucie n’est plus.
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